NBOMe, un retour dans l’actualité – Point information au 16/06/2017

Les NBOMe ont récemment fait parler d’eux dans les médias à l’occasion d’un cas de décès dont on suspecte qu’il ait pu être causé par la consommation d’un NBOMe. Si les informations à propos de cet événement restent incertaines et relèvent des services policiers et juridiques, la toxicité des NBOMe est de plus en plus rapportée. Le CEIP-A de Paris avait déjà publié un article informatif sur les NBOMe en 2015 à l’occasion de leur classement « générique » et a décidé de proposer à nouveau cet article à la lecture.

Classification « générique » des NBOMe sur la liste des stupéfiants et psychotropes en France

Les composés NBOMe font partie des nouvelles substances psychoactives de synthèse. Les premiers dérivés NBOMe ont été détectés en 2011 en Finlande, en Irlande du Nord et au Royaume Uni. Depuis leur apparition, 20 composés ont été identifiés en Europe. Ces produits sont des dérivés des phénéthylamines. Ils sont présentés comme une alternative légale au LSD ou à la mescaline, en raison de leurs propriétés d’hallucinogènes.

Texte nbome loi

Les « NBOMe »

Le noyau phénéthylamine caractéristique des amphétamines est souvent le point de départ de la fabrication (ou du design) de nouvelles substances. On peut distinguer aujourd’hui la série des 2C qui contient la famille des N-BOMe.

Image Nbome

  • La série des « 2C » est composée d’une phénéthylamine de base, substituée par deux groupements méthoxy (O-CH3).
  • La sous-famille des 2C-x-NBOMe ou 25x-NBOMe est formée de composés « 2C » substitués sur la fonction amine par le N-Benzyl-O-Méthyl dit groupement « NBOMe ».
  • Une exception de structure: le RH-34 et son cycle quinazoline.

Le 25C-NBOMe, souvent vendu comme un « LSD légal », est l’un des principaux représentants de ces hallucinogènes de synthèse. Les NBOMe sont le plus souvent sniffés ou ingérés sous forme de poudre, de comprimés ou de gélules mais ils peuvent aussi être sous forme liquide ou imprégner du papier buvard. Ils peuvent également être basés pour être fumé.

Propriétés pharmacologiques

Les composés NBOMe ont une action principale sur les récepteurs sérotoninergiques et peu d’activité sur les récepteurs dopaminergiques, adrénergiques ou opioïdes. La substitution « NBOMe » accroit l’affinité, la puissance et la sélectivité envers les récepteurs sérotoninergiques 5-HT2A, responsables des effets hallucinogènes. Ces composés sont actifs à de faibles doses (en dessous du milligramme). Les effets apparaissent dans l’heure suivant la prise et peuvent durer jusqu’à 6-10h.

Données toxicologiques

Il n’existe pas d’étude chez l’homme ni l’animal évaluant la toxicité aiguë ou chronique de ces produits, ni leur potentiel d’abus et de dépendance, cependant les publications font état d’intoxications sévères avec un toxidrome sympathomimétique et sérotoninergique, parfois d’évolution fatale. En effet, plusieurs cas de décès en Europe ont été attribués aux NBOMe. La symptomatologie regroupe des troubles psychiatriques (hallucinations), neurologiques (agitation, irritabilité, confusion, voire convulsion) et cardiologiques (tachycardie, hypertension artérielle). Ces symptômes peuvent durer plus de 24H. La toxicité peut être majorée par la prise d’autres agents sérotoninergiques.

Sur les forums, les usagers rapportent des hallucinations extrêmes, vibrantes, colorées, associées à une distorsion sonore importante [11]. Certains mentionnent des effets secondaires moins marqués et une descente moins difficile avec le 25C-NBOMe qu’avec le LSD ou d’autres molécules de la série des « 2C ».

La toxicité des NBOMe provient notamment de la marge étroite qui semble exister entre les effets psychoactifs recherchés et les effets toxiques (dose usuelle déclarée de l’ordre de 500 µg).

Evolution de la législation des NBOMe

  • 25 septembre 2014 : décision du Conseil de l’Union européenne de soumettre le 25INBOMe à des mesures de contrôle dans toute l’Union européenne.
  • 13 mars 2015: la Commission des stupéfiants des Nations Unies a décidé d’inscrire, parmi d’autres, les substances 25B-NBOMe, 25C-NBOMe et 25I-NBOMe au tableau I de la Convention des Nations Unies de 1971 sur les psychotropes.

Suite à cette mesure, chaque Etat membre devait soumettre le 25B-NBOMe, le 25C-NBOMe et le 25I-NBOMe aux mesures de contrôle et aux sanctions pénales prévues par leur législation nationale. Dans ce contexte, l’ANSM a demandé au réseau d’addictovigilance (CEIP-A) de conduire une enquête visant à évaluer le potentiel d’abus et de pharmacodépendance de la famille des NBOMe. (1)

Malgré l’absence d’étude clinique publiée à ce jour, évaluant la toxicité des NBOMe, les données issues des cas publiés dans la littérature suggèrent que leur toxicité est plus élevée que celle de la mescaline ou du LSD.

  • En France, le réseau d’addictovigilance a rapporté un cas de décès, 6 cas d’usage avec complications et 1 cas présentant des signes de pharmacodépendance.
  • Dans la littérature médicale, 7 décès impliquant des NBOMe ont été rapportés. (2-6)
  • Dans les médias de langue anglaise, on dénombre 45 décès rapportés avec des NBOMe entre 2012 et mi- 2015. (1)

Le nombre de cas d’exposition à de telles substances est probablement sous-estimé, en raison notamment des difficultés analytiques pour les identifier. Lors d’une suspicion de prise de substances psychoactives chez des patients admis à l’hôpital, les NBOMe ne sont pas recherchés de façon systémique par les laboratoires toxicologiques. Il est nécessaire de faire appel à des laboratoires spécialisés qui utilisent une détection par spectrométrie de masse.

Pour toute information complémentaire, n’hésitez pas à joindre le CEIP de Paris : 01 40 05 42 70

REFERENCES

1. ANSM: rapport du CEIP de Lyon au comité technique des CEIP (http://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/8ba65c346a62c6acc4342fc111776421.pdf)
2. Mowry JB, Spyker A, Cantelina LR Jr et al, 2013 Annual Report of the American Association of Poison Control Centers- National Poison Data System (NPDS): 31st Annual Report. Clinical Toxicology (2014),52;1032–1283.
3. Mata D & Arsovski S. Case report of a fatality involving a new designer drug: N-(2-methoxybenzyl) 2,5-dimethoxy-4-bromophenethylamine (25B-NBOMe).ToxTalk 2014;38(3):25-26.
4. Yoshida K, Saka K, Shintani-Ishida K et al, A case of fatal intoxication due to new designer drug 25B-NBOMe. Forensic Toxicology 2015;33:396-401.
5. 36th ECDD (2014) 25C-NBOMe Critical Review Report
6. Andreasen MF, Tevling Rasmus, Rosendal I. et al, A fatal poisoning involving 25C-NBOMe. Forensic Science International 2015:e1-e8.