Le « Purple Drank », un exemple de l’usage détourné de la codéine par les adolescents.

Qu’est-ce que le « Purple Drank » ?

 

Freak Nik

Image: FreakNik.com
 

Le « Purple Drank » est une boisson à base de codéine. C’est dans le sud des Etats-unis que cette boisson est née (Houston, Texas) dans les années 60-70, avant de devenir populaire dans les années 1990 et 2000 (1). De nombreux rappeurs ont fait la promotion de ce cocktail dans leurs textes (DJ Screw, Eminem, Kanye West, Lil Wayne…), arborant dans leurs clips musicaux des bouteilles ou des gobelets contenant un liquide violet et ventant les vertus de ce breuvage (2).

La composition, plutôt simple, comprend un sirop contre la toux à base de codéine et d’un antihistaminique (prométhazine, Phénergan®) mélangé avec un soda, traditionnellement du Sprite®. C’est le sirop qui donne sa couleur violette si particulière à la potion. On retrouve des recettes sur les sites de cocktails et des conseils de consommation sur les forums de jeux vidéo, notamment (3). D’autres appellations sont également utilisées : Syrup, Sizzurp, Lean, the barre ou encore Texas tea.

La consommation de Purple Drank induit un état de « défonce », lié aux propriétés sédatives des médicaments utilisés. L’abus de codéine induit une euphorie et une somnolence. La prométhazine renforce les effets sédatifs de la codéine (léthargie). Le Purple Drank peut être combiné par certains consommateurs à de l’alcool, du cannabis ou à d’autres drogues, ce qui a comme objectif de potentialiser les effets psychotropes mais aussi les risques d’intoxication liés à cette consommation (pouvant aller jusqu’à la détresse respiratoire et au coma).

 » Ce cocktail gagne à nouveau en popularité chez les jeunes. »

Une étude réalisée en 2013, dans une université du sud-est des Etat-unis, révèle que 6.5% des étudiants avaient déjà consommé du Purple Drank. Il s’agissait majoritairement de garçons (1). Dans l’étude de Peters et al. menée dans une autre université du sud-ouest des Etats-Unis, les étudiants consommateurs de Purple Drank citent le syndrome de sevrage (45%) et une addiction au produit (32%) comme étant les principales raisons motivant une poursuite des consommations du sirop de codéine/prométhazine (4).

Pharmacologie des composants du Purple Drank

La codéine est un analogue méthylé de la morphine (10% de la dose de codéine administrée est transformé en morphine). Il s’agit d’un agoniste des récepteurs opioïdes de type mu. La codéine présente des propriétés antitussives et antalgiques (5). Elle induit également des effets euphorisants modérés, responsables de son potentiel d’abus. Comme tout agoniste opiacé, la codéine expose aux risques de dépendance, même pour des doses quotidiennes faibles, avec un risque de tolérance pharmacologique (nécessité de progressivement augmenter les doses). La codéine peut également induire des intoxications aiguës dont les principaux symptômes sont : la dépression aiguë des centres respiratoires, somnolence,  rash, vomissements, prurit et ataxie.

A noter : les sirops de codéine contiennent 1,5 % V/V d’éthanol (alcool), c’est-à-dire jusqu’à 12 mg par ml de sirop, soit 1.5g d’alcool dans un flacon de sirop (125 mL).

La prométhazine est un antihistaminique sédatif utilisé dans le traitement symptomatique des manifestations allergiques diverses (rhinite, conjonctivite, urticaire) et dans les insomnies occasionnelles (5). Ce médicament est réservé à l’adulte et est contre-indiqué aux enfants de moins de 15 ans. La prométhazine induit un certain nombre d’effets indésirables, tels que : somnolence, hypotension orthostatique, troubles de l’équilibre, vertiges, confusion mentale, hallucinations et crise convulsive par abaissement du seuil épileptogène. La prométhazine peut être détournée de son utilisation en raison de ses propriétés sédatives. Son potentiel addictogène est moins bien documenté.

La situation en France

En France, le réseau des CEIP rapporte depuis le début de l’année plusieurs cas d’intoxication au Purple Drank ayant nécessité une hospitalisation chez des adolescents. Ces jeunes se fournissent en médicaments antalgiques ou antitussifs à base d’opiacé en vente libre dans les pharmacies d’officine afin de les consommer à visée récréative. Parmi les événements indésirables déclarés, on observe une baisse de la vigilance, une forte somnolence, une confusion chez les patients avec des troubles de l’élocution et des crises convulsives.

Ce cocktail, de par son aspect coloré et son goût sucré, semble ludique et inoffensif. Bien qu’en vente libre dans les officines, les produits antalgiques et antitussifs à base d’opiacé restent néanmoins des médicaments dont il faut respecter les indications et l’usage. Chez des adolescents, l’usage détourné de médicaments psychotropes constitue une initiation potentielle à l’addiction et nécessite une vigilance renforcée des professionnels de santé auprès de cette population particulière de patients.

En dehors de la consommation de Purple Drank, d’autres sirops médicamenteux sont également employés à visée récréative. C’est le cas du dextrométorphane qui est détourné par les usagers pour ses propriétés hallucinogènes. Des cas d’abus ont également été décrits.

 

Sources :

  1. Purple Drank prevalence and characteristics of misusers of codeine cough syrup mixtures. Agnich Laura E. et al. Addictive Behaviors 38 (2013) 2445-2449
  2. FreakNik: http://fr3aknik.wordpress.com/2011/08/13/purple-drank-boisson-devenue-culte/
  3. www.1001cocktails.com
  4. Beliefs and social norms about codeine and promethazine hydrochloride cough syrup use and addiction among multi-ethnic college students. Peters R. et al. – Journal of psychoactive drugs, vol 39(3), September 2007.
  5. Vidal 2013